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Cap sur l’Église néo-apostolique (11): Un nouveau départ, une nouvelle déception

21.10.2013 Auteur : Manfred Henke

Le 20 mai 1858, soit le jeudi précédant la Pentecôte, une assemblée très particulière se réunit à Albury : Après 22 ans, les apôtres y avaient de nouveau convié les prophètes afin que ces derniers poursuivent, en leur présence, l’interprétation prophétique de la Bible interrompue en 1836.

La conférence des prophètes

On fit lecture, à la suite les uns des autres, des chapitres des livres d’Esdras et de Néhémie retraçant la reconstruction de Jérusalem après le retour du peuple de l’Ancienne Alliance de sa captivité babylonienne. L’interprétation prophétique de ce récit était censée donner des clés au sujet du perfectionnement de l’Église à sa sortie de la Babylone spirituelle, c’est-à-dire de son état de confusion.

Sur les douze apôtres qui, en 1836, avaient participé à l’interprétation prophétique de la Bible, huit étaient encore présents. Outre Edward Oliver Taplin, la « colonne des prophètes », étaient invités aussi les trois autres survivants des « Sept prophètes de l’Église universelle » ainsi que neuf autres prophètes qui avaient déjà œuvré avec les apôtres au service de l’Église universelle. Ayant rang de prophète ange et d’étroit collaborateur des apôtres lors de la vocation de tous les ministres allemands, Heinrich Geyer était la personnalité dominante parmi eux.

L’ « achèvement des ordonnances »

L’assemblée convoquée à Albury en 1858 ne visait pas seulement à obtenir de nouveaux éclaircissements au sujet des mystères divins. Il s’agissait aussi de trouver des hommes capables d’œuvrer en qualité de « prophètes auprès de l’apôtre ». De cette manière, les « ordonnances » de l’Église, sous la forme d’une hiérarchie ministérielle fournie pour l’Église universelle, qui étaient prévues au plus tard depuis 1836, devaient être complétées. Depuis quelques années déjà, des prophéties appelant à l’ « achèvement des ordonnances » se faisaient entendre, et les attentes en ce sens se focalisaient spécialement autour de l’année 1863.

L’apôtre Cardale lui-même déclarait qu’au temps du perfectionnement « l’ordonnance pour le ministère prophétique au sein de l’Église universelle, à savoir les Douze prophètes associés aux Douze apôtres, serait menée à bien. On avait donc le devoir de tendre à la complétude des prophètes.

La grande Œuvre était-elle en marche ?

Heinrich Geyer n’avait pas renoncé à l’espérance suscitée par Carlyle. Comme celui-ci, Geyer attendait que l’Œuvre des apôtres à l’égard d’une petite cohorte fût relayée par une grande Œuvre parmi tous les chrétiens. C’est ce que l’apôtre Carlyle avait enseigné au moyen de son interprétation de la triple onction de David (cf. article 9 de cette série) qui était le symbole de l’apostolat. En décembre 1857, à Marburg, Geyer avait prophétisé ceci : « Son serviteur David ne se contente pas de Juda. Pour lui, le Seigneur a prévu tout Israël. »

Lors de l’assemblée d’Albury, Geyer était apparemment stimulé par la pensée qu’en cherchant douze prophètes les apôtres voulaient amorcer l’ « achèvement des ordonnances ». L’ « Église universelle » était dépourvue de ces ministres précisément qui, dans le dessein original, étaient prévus pour l’évangélisation et la dispensation du saint-scellé à de grandes masses : les soixante évangélistes aux nations, qui, investis du rang d’ange, devaient initier d’autres évangélistes et les « Soixante-dix » destinés à soulager les apôtres en qualité de « légats apostoliques ». S’il était question de douze prophètes devant être adjoints aux douze apôtres, cela pouvait signifier qu’il y aurait enfin de nouveau douze apôtres.

Les « Soixante-dix »

Les interprétations prophétiques que faisait Geyer des déclarations bibliques montrent qu’il attendait la venue prochaine des Soixante et des Soixante-dix. Il imaginait que les Soixante-dix seraient donnés aux apôtres en qualité d’auxiliaires, conformément à la doctrine ancienne qui voyait en les Soixante-dix des « légats apostoliques », une sorte d’apôtres auxiliaires qui, par mission et mandat des Douze, procéderaient aussi à des ordinations et à des dispensations du saint-scellé (cf. article 5 de la série. NF 3/2013, p. 39). C’est dans ce sens qu’il lança cet appel aux apôtres : « I connaît le fardeau qui repose sur les épaules des Douze. […] Aussi rassemble-t-il ceux qui travailleront avec vous. […] Il donnera les Soixante-dix. » Ce qui était nouveau, c’était la notion d’ « archanges », utilisée par Geyer parallèlement à celle de « légats », « qui viennent avec les Douze. »

Les apôtres avaient expressément réservé pour eux-mêmes le soin de l’interprétation des prophéties. Les prophéties faites lors de la conférence de 1858 parurent si « explosives » aux apôtres qu’ils se mirent d’accord sur une interprétation commune qu’ils firent parvenir aux anges avant que ceux-ci eussent eu eux-mêmes connaissance des prophéties. Dans leur interprétation, ils rappelaient que trois groupes différents de Juifs avaient quitté Babylone tour à tour qui, lors de la reconstruction de Jérusalem, auraient assumé des travaux de natures différentes. Et de déduire de leur approche de ce déroulement historique que le perfectionnement de l’Église se ferait lui aussi en trois étapes, dont seule la première aurait lieu sous l’autorité d’apôtres.

En un premier temps, il était encore impossible d’entrevoir toutes les conséquences de cette interprétation, mais, dès 1859, l’apôtre Woodhouse en déduisit que les Soixante-dix seraient, non pas les auxiliaires des apôtres alors en exercice, mais leurs successeurs lors d’une époque ultérieure de l’Œuvre de Dieu. L’apôtre Cardale partageait lui aussi cette interprétation vers la fin de l’année 1860.

Geyer vit ainsi que ses prophéties, grâce auxquelles il espérait accélérer l’instauration de la grande Œuvre sous l’autorité d’apôtres, étaient utilisées aux fins de la justification d’une nouvelle période dépourvue d’apôtres. Or, étant donné que les prophètes étaient tenus de laisser aux apôtres le soin d’interpréter les prophéties, Geyer n’avait plus pour seule solution que de se taire.

Préparation d’une période sans apôtres

Les Soixante-dix, désormais définis comme étant des « archanges », pouvaient être considérés, dans la hiérarchie ministérielle propre à l’Église apostolique-catholique, comme des archevêques. Voici ce qu’on enseigna dès lors : Tout comme au cours de l’histoire de l’Église, l’époque des apôtres avait été suivie d’une Église sous l’autorité d’évêques, une période semblable se produirait aussi avant le retour de Christ. Auparavant, l’Agneau viendrait bien évidemment enlever les apôtres et ceux qui auront été scellés par eux pour les conduire sur la montagne de Sion (c’est ainsi qu’on interprétait le passage en Apocalypse 14 : 1-5) ; ensuite, il serait pris soin de ceux qui n’avaient pas été en mesure de croire en l’apostolat, tout en croyant cependant en l’épiscopat et en les services religieux agrémentés d’une liturgie substantielle. C’est parmi eux qu’auraient lieu la grande effusion de l’Esprit qui ne s’était pas encore manifestée. Ce groupe serait alors lui aussi enlevé et, ensuite seulement, surviendrait la grande tribulation. Lors de la grande tribulation, les chrétiens de la « grande foule » deviendraient des martyrs à cause de la profession de leur foi en Christ (cf. Apocalypse 7 : 9-17).

La réception de l’Esprit en l’absence d’apôtres

Cette nouvelle doctrine était à ce point compliquée que même les interprétations de ses défenseurs divergeaient sur certains points. Sur le fond des attentes originelles, ce qu’elle avait de choquant était facile à comprendre : Elle décrétait que le perfectionnement de l’Église n’aurait pas lieu sous l’autorité d’apôtres. La grande Œuvre tant espérée verrait le jour sous la conduite seulement de leurs successeurs (les soixante-dix archevêques à la tête de la chrétienté !). Ceux qui auront été scellés par l’imposition des mains des apôtres ne constitueraient qu’une toute petite cohorte. Quant à l’Esprit, beaucoup le recevraient par le biais d’une « effusion » ne nécessitant pas l’intervention d’apôtres, mais ce qui différenciait cette « effusion » de la dispensation de l’Esprit par l’imposition de mains des apôtres, personne ne l’expliquait.

Cette modification de la doctrine posa un problème considérable aux prophètes : Leur devoir d’obéissance envers les apôtres impliquait-il qu’ils n’étaient autorisés à divulguer leurs prophéties qu’ils recevaient comme étant des révélations directes de la part de Dieu qu’à la condition que celles-ci fussent conformes à la nouvelle doctrine de la fin prochaine de l’apostolat ? C’est Dieu lui-même qui, à leurs yeux, donna la réponse à cette question : Il les fit appeler de nouveaux apôtres à leur ministère.

 


Synthèse

En 1858 fut convoquée une assemblée des prophètes. Les apôtres leur expliquèrent qu’ils voulaient découvrir des prophètes aux fins d’instituer douze « prophètes auprès de l’apôtre ». Les prophètes y virent un premier pas vers la complémentation du cercle ministériel au sens de la « grande Œuvre » annoncée antérieurement. Le prophète Geyer prophétisa au sujet des Soixante qui, à la tête des évangélistes, devraient rassembler les chrétiens sous l’autorité et la conduite des apôtres. Il appelait aussi à la hâte, afin que fussent trouvés rapidement les « Soixante-dix » qui pourraient seconder les apôtres en qualité d’auxiliaires, en vue du travail à réaliser.

Les apôtres eurent une approche différente de ces prophéties. Ils croyaient que leur œuvre allait bientôt toucher à sa fin. Les Soixante-dix leur succéderaient pour conduire et diriger l’ensemble des chrétiens. En leur qualité d’archevêques, ils seraient acceptés par ces chrétiens qui n’avaient pas été en mesure de recevoir les apôtres. Par le biais d’une « effusion de l’Esprit », un nombre beaucoup plus grand d’êtres humains recevraient ainsi le Saint-Esprit que ceux qui l’avaient reçu plus tôt par l’imposition des mains des apôtres.

Les prophètes furent dès lors confrontés à un conflit : Devaient-ils se plier à leur devoir d’obéissance envers les apôtres ou céder à l’Esprit qui les poussait à appeler de nouveaux apôtres à leur ministère ?

Catégorie : History, FR: 150 Jahre, Events